Les actions

Le contexte

Le Sénégal est une république basée sur une démocratie parlementaire. Au niveau économique, le pays connaît une croissance solide ces dernières années, parmi les plus élevées de l'Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA). Les réformes structurelles ont permis une modification importante du paysage économique du Sénégal, notamment grâce aux privatisations de nombreuses entreprises publiques dans la filière agricole et dans les infrastructures. Malgré cette progression, les défis posés au pays sont variés et énormes car le Sénégal figure parmi les pays moins avancés (PMA). Selon l'ONU, 50% de sa population vit au-dessous du seuil de pauvreté. Le chômage touche une part importante de la population, notamment les jeunes.

Certaines zones du Sénégal (comme la région de Casamance) connaissent des situations extrêmement difficiles. Autrefois riches de leur tourisme et de leurs terres fertiles, les populations de la Casamance, zone enclavée entre la Gambie et la Guinée-Bissau, représentant 15 % de la superficie du Sénégal, se sentent les parents pauvres du pays. Les milliers de mines enfouies dans les champs au fil des hostilités ne cessent de faire des victimes. À cela s'ajoute l'insécurité sporadique (razzias, braquages routiers et prise d'otages), entretenue par les éléments se réclamant des forces démocratiques de la Casamance (MFDC).

Depuis l'occupation de la Casamance par le Sénégal le 20 juin 1960, l'équation économique de la Casamance se résume par l'absence d'industries notables et l'existence d'une monoculture de l'arachide et du coton au détriment des cultures vivrières. Le secteur primaire est le secteur fondamental pour l'économie casamançaise puisqu'il fait vivre la quasitotalité de la population. Une situation socio-économique qui va alimenter des poussées indépendantistes. Ainsi, la rébellion pour l'indépendance, qui dure depuis décembre 1982, a fait des milliers de victimes (civiles et militaires), ravagé l'économie de la région et poussé de nombreux habitants à fuir. Une accalmie perdure sur le terrain depuis plusieurs années alors que les tractations de paix se sont multipliées depuis l'arrivée au pouvoir du président Macky Sali en 2012.

En trois décennies, le conflit en a fait plusieurs centaines de morts, et certains événements récents témoignent de la précaire stabilité de la région.

De nombreux jeunes casamançais souhaitent utiliser le football comme solution pour fuir cette tragédie économique et sociale. Espérant devenir footballeurs de haut niveau, ils pensent qu'ils pourraient gagner l'Europe et y réussir leur vie. Cependant, la zone est mal équipée en infrastructures sportives.

En 2010, la région compte un stade régional à Ziguinchor et trois stades municipaux au niveau des chefs-lieux de départements. Depuis, les infrastructures ont peu, voir pas évoluées. Malgré cette relative faiblesse du niveau de dotation en infrastructures, le sport est pratiqué globalement un peu partout dans la région.

Le département de Ziguinchor est le deuxième de la région en nombre d'associations sportives et culturelles (ASC), accueillant à elle seule 18,4% des ASC de Casamance. 39% des écoles de formation en Casamance concernent le football, représentant une grande part de ce secteur d'activité. Néanmoins, aucun de ces centres n'allient à la formation footballistique une formation scolaire ou professionnalisante.

Description des objectifs, des actions et des effets attendus

L'objectif premier du projet, qui est le coeu r de l'action d' AFRA 777, est de garantir une meilleure réponse aux besoins des jeunes apprentis de l' ABDC. Les améliorations en termes d'infrastructures et d'équipements sont l'un des piliers du développement de l'ABDC. Les responsables du centre ont l'ambition de mettre en place une structure qui pourrait accueillir des apprentis dans de bonnes conditions.

Le projet a l'ambition de fournir des équipements de football et de réhabiliter le local pour permettre des conditions optimums pour l'apprentissage des jeunes footballeurs. L'idée est de penser déjà maintenant à mettre en place des normes d'apprentissages qui permettent aux entraîneurs et apprentis de produire des résultats de qualité qui répondent aux exigences des clubs nationaux et internationaux.

Dans une vision moyen et long terme, le projet étudie la faisabilité de mettre en place une formation technique professionnelle au sein du centre. Cette partie n'est pas encore opérationnelle faute de connaissance et d'évaluation des besoins ainsi que des éventuelles ressources disponibles pour y répondre. Le projet dans sa deuxième année se penchera sur cette étude de faisabilité. En résonance à cet objectif premier, un des effets secondaires du projet est la diminution de la précarité des familles des jeunes apprentis de l' ABDC. Le projet prend en compte la situation et le contexte qui prévaut actuellement en Casamance, où la pauvreté et la précarité touchent une majeure partie de la population (environ 75%).

Cette situation désastreuse touche surtout la population jeune, ce qui amène à une hausse de la délinquance et de l'insécurité dans la région d'une part, et une forte prévalence du chômage à 16% due notamment au faible taux de scolarité de ces jeunes. L'objectif premier est donc de donner un cadre où les jeunes puissent développer leurs talents puis leurs personnalités afin qu'ils puissent développer leurs capacités. Le sport, notamment le football, est un véhicule de valeurs comme l'esprit d'équipe, le respect, la discipline, la solidarité ou encore le dépassement de soi qui sont des atouts pour ce projet. Un jeune qui est accueilli dans le centre sera pris en charge et hébergé dans le centre, ce qui constitue à court terme des dépenses en moins pour la famille. Ces dépenses seront réinvesties sur d'autres besoins de la famille.

Pertinence des actions

La pertinence de l'action d' AFRA 777 avec son partenaire ABDC réside dans la manière dont le projet est conçu pour répondre aux besoins des jeunes apprentis du centre en tenant compte des particularités locales. Ainsi, l'action s'inscrit dans le cadre du développement endogène: autrement dit, la réalisation du projet doit pour le moins ne pas nuire au tissu économique local, mais encore mieux participer à son développement.

Tous les matériaux pour la réhabilitation des infrastructures seront achetés localement et les équipements sportifs, dans la mesure du possible, seront acquis sur place. Dans cette même dynamique, toutes les ressources humaines pour la mise à exécution du projet seront recrutées localement.

En appuyant sa stratégie d'intervention sur le tissu local, l'action prend en compte l'étendue des besoins des jeunes. Ainsi, les effets attendus concernant l'amélioration des conditions de vie des jeunes accueillis par I' ABDC s'inscrivent dans une approche de développement intégral.

Par ailleurs, en menant une étude d'opportunité auprès des différents acteurs locaux concernant la possibilité ou non de développer le volet formation professionnalisante, AFRA 777 prend en compte cette dynamique de développement endogène. Grâce à cette étude, en cas d'issue favorable, cette formation sera construite en fonction des capacités des jeunes et des besoins en développement socio-économique de Ziguinchor. C'est la stratégie de conciliation de l'aspiration des jeunes et des besoins de la zone. La pertinence de l'action s'inscrit dans un processus de gagnant-gagnant: les jeunes gagnent et la région géographique gagne. Toutes les ressources qui seront mobilisées à part les ressources financières seront mobilisées à Ziguinchor, au profit exclusif des jeunes et de Ziguinchor.

La volonté d' AFRA 777 et de I' ABDC de marier la formation du football avec une formation technique trouve son ancrage dans l'initiative de l'État sénégalais de mettre à la disposition des jeunes un éventail de formations techniques. Les centres sportifs ne priorisent que la formation footballistique et ignorent le côté technique pouvant permettre une insertion professionnelle post-carrière footballistique. Ainsi, l'étude d'opportunité qui sera menée s'inscrit dans cette politique gouvernementale de formation professionnelle des jeunes mais également dans une perspective d'innovation dans le secteur de la formation footballistique.

À cet effet, dans une dynamique de booster le secteur du tourisme en Casamance, l'État du Sénégal opte pour la construction du projet d'école de formation sur les métiers du tourisme. Les autorités précisent que les mesures d'accompagnement existent car les formations se basent toujours sur les besoins exprimés par les professionnels. À côté de cette volonté étatique, il y a des initiatives privées qui veulent former les jeunes dans des secteurs comme :

  • La restauration et l'hôtellerie.
  • L'agroalimentaire.
  • La couture, la confection, la broderie.
  • L'artisanat, l'impression de tissu.
  • L'art ménager et social.
  • L'hygiène, assainissement et environnement.
  • L'alphabétisation.

En ce sens, il existe déjà des opportunités locales en termes de formations professionnelles.

Donc AFRA 777 va mener l'étude d'opportunité en vue de voir dans quelle mesure elle peut s'appuyer sur les centres et associations locales pour développer le volet formation de l' ABDC. Parmi les initiatives privées, on peut citer à titre d'exemple le centre Académique de l'Orientation Scolaire et Professionnelle de Ziguinchor (CAOSP Ziguinchor), et pour d'autres initiatives publiques, on peut citer, l'inspection de ['Éducation et de la Formation de Ziguinchor (IEF).

Les différentes actions prévues

Deux actions principales sont nécessaires pour atteindre l'objectif spécifique du projet: la réhabilitation del' ABDC (infrastructures et équipements) d'une part, et la réalisation d'une étude d'opportunité d'autre part qui viendra confirmer ou infirmer la pertinence et la possibilité de développer un volet formation technique professionnelle au sein de l' ABDC.

Une convention bipartite entre AFRA 777 et l' ABDC statuera le partenariat. Cette convention sera un support et un référentiel pour rappeler les engagements et devoirs des deux parties. Elle rappellera notamment le cadre législatif concernant l'utilisation des fonds, mais également l'engagement del' ABDC à respecter le droit international concernant les transferts internationaux de ses apprentis footballeurs.

Le développement des infrastructures comprendra plusieurs phases. Un inventaire précis des équipements sportifs et un état des lieux des infrastructures permettront une traçabilité des avoirs de l' ABDC, un suivi des équipements fournis et une visibilité de l'action menée. Les besoins ainsi listés, différents devis permettront de confirmer le budget et d'y apporter d'éventuelles modifications.

Dès le début du projet, des actions de collecte de fonds menées par AFRA 777 en France permettront sur une durée d'un an de réunir la somme nécessaire à la réalisation du projet. Cette collecte pourra se faire de différentes manières, soit par des demandes auprès de Clubs service (Rotary Club et/ou Lion Club, aussi bien en France qu'au Sénégal), soit par le biais de partenariats avec des clubs de football, qui permettront l'organisation de différentes actions : matchs caritatifs, pourcentage sur la vente des billets ou sur les bénéfices des débits de boissons et de nourriture, etc ...

La somme réunie permettra l'achat de matériels et d'équipements sportifs, la réhabilitation du terrain d'entraînement et l'achat du matériel pour la réhabilitation du centre d'accueil (finition des bâtiments, achat des lits et de l'électroménager). À l'issue des huit mois nécessaires à l'achat des matériaux et équipements et à la réalisation des travaux, le centre de l' ABDC sera en mesure de pouvoir accueillir les 18 jeunes apprentis dans de meilleures conditions.

Les quatre derniers mois du projet seront consacrés à l'étude d'opportunité concernant le volet formation que souhaite développer l' ABDC.

Trois mois seront nécessaires au référent local de l'académie pour pouvoir rencontrer les différents acteurs potentiels du projet de formation, à raison d'une à deux rencontres par semaine. De cette manière, il sera à même de recueillir les besoins et d'identifier les ressources disponibles. Différents acteurs seront ainsi rencontrés: les jeunes apprentis du centre et leurs familles, les bénévoles du centre, différents acteurs économiques locaux (entreprises, institutions publiques, etc .. .), les écoles, etc ...

Ces rencontres prendront des formes diverses: focus group, entretiens individuels, etc ...

Le recueil de ces données et leur analyse permettront de confirmer ou d'infirmer les possibilités de développement du centre concernant son volet formation scolaire et professionnelle. Une note de cadrage formulera les conclusions de cette analyse et servira de support pour la conception et le développement du projet formation de l' ABDC s'il y a lieu de le faire.